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Naufragé
Poème n°35

poème



Nous ne vieillirons pas ensemble - Baboo


Bercé par le ressac des vagues sur la plage
L'homme s'est endormi terrassé par la mer,
Ce corps nu, étendu, offre au doux matin clair,
Un visage effrayé sous un ciel sans nuage.

La bouche est pleine d'ombre et d'épouvantement,
Gardant gravée en lui, l'horreur comme une empreinte,
Sur le ventre, les yeux vides, sans une plainte,
Il s'est extrait la nuit, hors du piège écumant.

La lumière du jour ne l'a pas réveillé,
Ni le vacarme sourd des vagues en furie,
Ni le vol sur les flots, d'un fier pétrel qui crie,
Inerte, il git toujours sur le sable mouillé.

Depuis le fond des temps la mer roule en sanglot
De tous les naufragés, toutes les voix perdues,
Trop de vies condamnées, destinées défendues,
La mer est un linceul, pour plus d'un matelot.

La marée remontant de l'horizon lointain
Mêle au repos de l'homme endormi sur le sable,
Une rumeur confuse et indéfinissable,
Une mélodie pure effaçant le chagrin.

Par la grâce touché, tout à coup le dormeur
Sort des flots du sommeil sa figure hagarde,
Se redresse, s'effraye, réalise et regarde.
- "Mon Dieu, je suis en vie, quelle joie, quel bonheur !"

Tous les sens égarés dans un monde incertain,
Il se réveille et bouge. La mer est si noire,
Un bateau, un naufrage affectent sa mémoire
Une senteur de mort, comme un songe indistinct.

Et voici qu'il se sent naître dans le matin
Du souffle de la mer, au milieu des nuées,
- "Parmi toutes les vies, que toi, Dieu a créées,
Tu as su épargner celle d'un bon marin.

Car la mer m'a roulé comme un galet, parmi
Les morts gonflés et mous se heurtant à l'épave,
Et je suis tout humide encore de ta bave
Qui colle sur ma peau le sable où j'ai dormi".

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