
BANDE ANNONCE :
Visionner ici
(Fidélité/Wild Bunch)
Réalisation
Laurent Tirard
Scénario
Laurent Tirard Grégoire Vigneron
Photo
Gilles Henry
Montage
Valérie Deseine
Musique
Frédéric Talgorn
Casting :
Molière
Romain Duris
Jourdain
Fabrice Luchini
Elmire
Laura Morante
Dorante
Edouard Baer
Célimène
Ludivine Sagnier
|
Molière
2007
L'histoire :
En 1644, Molière n'a encore que vingt-deux ans.
Criblé de
dettes et poursuivi par les huissiers, il s'entête à monter sur scène
des tragédies dans lesquelles il est indéniablement mauvais. Et puis
un jour, après avoir été emprisonné par des créanciers impatients, il
disparaît…
A propos du film :
En réaction à son premier long métrage, Mensonges et trahisons et plus si affinités...,
une comédie très contemporaine, Laurent Tirard a choisi de se lancer dans un
film d'époque. Il revient sur la genèse du projet : "J'avais le souvenir d'avoir
lu Le Misanthrope avec plaisir au lycée, mais rien depuis. Je me suis donc
replongé dedans et, maturité et expérience aidant, cela m'a beaucoup plus parlé aujourd'hui
qu'à l'époque ! Du coup, j'ai eu envie de lire Molière. J'ai découvert Les
Femmes Savantes que je ne connaissais pas du tout. J'ai tout aimé de cette
pièce brillante. Au-delà de la magie des mots, les situations étaient universelles,
intemporelles et Molière les restituait avec un sens de la nature humaine unique.
Comment faire un choix ? Comment adapter ? Le Misanthrope ne me suffisait pas,
Les Femmes Savantes non plus. En parallèle, je me suis évidemment intéressé à l'auteur
et j'ai commencé à lire des biographies.? En compagnie de Grégoire Vigneron,
qui était déjà le co-scénariste de son premier opus, il a ainsi eu l'idée d'"orchestrer
une rencontre imaginaire entre l'auteur et son oeuvre".
Molière a disparu :
Ce Molière n'est pas une biographie de l'auteur du Malade imaginaire (contrairement
au Molière d'Ariane Mnouchkine), les auteurs s'étant amusés à imaginer ce qui
est arrivé au jeune homme, âgé de 22 ans, après avoir été envoyé en prison
en 1645 à cause de ses dettes. Laurent Tirard justifie le choix de cette période
: "Les biographies des années 1650 parle d'une disparition de plusieurs mois.
Même si ce fait est aujourd'hui parfois remis en cause, nous avons choisi de
nous intéresser à cette période décisive qui survient au moment où Molière
affronte son pire échec de tragédien, juste avant le grand départ pour la tournée
en province qui marquera le véritable début de son envol. De ce mystère, de
cette absence, nous avons décidé de faire le coeur du film."
Si William m'était conté :
Avec Molière, Laurent Tirard emprunte une voie tracée par John Madden en 1995.
Ce réalisateur anglais s'était alors attaqué au monument du théâtre local,
Shakespeare, mêlant éléments biographiques et références à l'oeuvre littéraire
pour raconter avec humour et légèreté la jeunesse de l'auteur de Roméo et Juliette.
Le résultat fut couronné de succès : Shakespeare in Love a remporté 7 Oscars,
dont ceux de Meilleur film, Meilleur scénario et Meilleure actrice pour Gwyneth
Paltrow.
Un travail de Romain :
Trouver un comédien qui interpréterait Molière s'est révélé délicat. En effet, "de
par la nature même du concept, le personnage de Molière dans le film est très
souvent spectateur, en particulier vis-à-vis de Jourdain (...) Un acteur qui
aurait manqué de présence aurait très vite été effacé", explique Laurent Tirard.
Le choix de Romain Duris n'était pas forcément évident, comme le note le réalisateur
: "Romain n'avait jamais fait de théâtre, encore moins de théâtre classique,
et c'était une vraie inconnue. Au troisième jour du tournage, on devait jouer
Les Fourberies de Scapin et quand Romain s'est lancé, il nous a tous sidérés." L'acteur
confie avoir beaucoup travaillé en amont du tournage : "J'ai même fait de la
calligraphie. Une heure par jour, la pratique de l'écriture à la plume me transportait
ailleurs. J'ai appris le texte à l'avance pour me le mettre en bouche et respecter
la précision du langage. Je suis peu à peu entré dans le personnage, au point
de reprendre certains mots et cette diction dans ma vie de tous les jours !"
Songes et trahisons :
Laurent Tirard et son scénariste Grégoire Vigneron se sont beaucoup documentés
pour la préparation du film. A propos des nombreuses biographies disponibles,
le réalisateur note : " Certaines sont très documentées mais un peu froides,
presque cliniques. La biographie très romancée de Mikhaïl Boulgakov fait grogner
beaucoup d'historiens mais elle nous a donné un éclairage beaucoup plus humain
sur le personnage. Les biographies ont souvent le défaut de vouloir absolument
mettre en valeur les qualités de Molière et de montrer son incroyable génie.
En idéalisant le personnage, les biographes créent une distance et nous empêchent
de nous attacher à lui humainement. En revanche, ses défauts, sa faible capacité à l'autodérision,
son côté un peu caractériel, sa lâcheté, le descendent un peu de son piédestal
et le rapprochent de nous." Grégoire Vigneron précise de son côté : "Notre
ambition n'était pas de faire une thèse sur Molière. Notre histoire est une
fiction, mais directement inspirée de son esprit et de son travail. Il a quand
même été réellement jeté en prison pour dettes, et c'est ensuite qu'il a disparu..."
Luchini, Jourdain d'un jour :
Contrairement à ce qu'on aurait pu imaginer, l'amoureux du verbe Fabrice Luchini
n'a pas immédiatement accepté le rôle qu'on lui proposait... "Fabrice a beaucoup
hésité à faire le film. En effet, si une personne en France peut être considérée
comme spécialiste de la langue française, du texte et donc de Molière, c'est
lui. Et il se trouvait face à un jeune réalisateur qui a fait un vague premier
film et lui annonce qu'il va faire un film sur Molière ! Je venais en quelque
sorte chasser sur ses terres. Ensuite, je lui proposais le rôle de Monsieur
Jourdain et il a eu beaucoup de mal à se débarrasser de l'image que tout le
monde en a, celle d'un gros nigaud, d'un imbécile heureux, totalement ridicule,
complètement inculte ? tout le contraire de Fabrice. Lors de notre première
rencontre, il m'a même demandé si je l'avais choisi par une volonté perverse
de l'humilier ? ce qui m'a beaucoup fait rire ! J'ai eu du mal à le convaincre
que pour moi, Jourdain était un personnage beaucoup plus complexe et qu'il
fallait un acteur de sa puissance pour renverser tous les a priori que le nom
du personnage engendrait."
Molière & compagnie :
Au cours de son escapade, le jeune Molière rencontre des individus fortement
inspirés des figures bien connues de ses futures oeuvres. A propos du choix
de ces personnages, Laurent Tirard explique : "Nous avons dû en éliminer beaucoup,
ce qui fut souvent douloureux. Nous avons resserré sur certains, en avons aussi
fusionné plusieurs en un seul. Ainsi, Célimène [Ludivine Sagnier) est un mélange
de la Célimène du Misanthrope, de la Philaminte des Femmes Savantes et elle
est entourée des Précieuses Ridicules. Même Jourdain [Fabrice Luchini] est
un mélange [entre le Orgon du Tartuffe et le Chrysale des Femmes savantes].
Nous avons aussi attribué les qualités de certains personnages à notre Molière
lui-même." Molière se fait en effet passer pour un certain M. Tartuffe. Les
autres protagonistes du film ont pour nom Dorante (un héros qu'on trouve dans
Le Bourgeois gentilhomme ou L'Ecole des femmes, il a ici les traits d'Edouard
Baer) et la compagne de M. Jourdain se prénomme, comme l'épouse d'Orgon dans
Tartuffe, Elmire (c'est Laura Morante) Quant à la fille d'Elmire et Jourdain
(incarnée par Fanny Valette), elle s'appelle Henriette, tout comme la jeune
héroïne des Femmes savantes : l'une et l'autre souhaitent d'ailleurs épouser
un jeune homme qui déplaît fortement à leur père...
Autres Molière sur grand écran :
Ariane Mnouchkine, grande figure du théâtre français, a signé en 1978 un film-fleuve
(4 heures) de référence, évoquant la jeunesse du dramaturge, interprété par
Philippe Caubère. Mais dès 1909, Léonce Perret réalisait une biographie de
Molière, interprété successivement par Abel Gance et André Bacqué. L'auteur
du Misanthrope apparaît aussi dans plusieurs films d'époque dont il n'est pas
forcément le personnage central, à commencer par les fantaisies historiques
de Sacha Guitry Si Paris nous était conté (avec Gilbert Gil en Poquelin) et
Si Versailles m'était conté... (avec cette fois Fernand Gravey). Plus récemment,
Bernard Giraudeau et Tchéky Karyo ont tenu ce rôle, respectivement dans Marquise
de Véra Belmont et Le Roi danse de Gérard Corbiau. Enfin, deux mois après la
sortie du Molière de Laurent Tirard est annoncée celle d'un Jean de La Fontaine,
mis en scène par Daniel Vigne, avec Julien Courbey en Molière.
Visiter le site officiel ici.
|